![]() barrage déversoir en diagonale |
danger barrage ! Page
réalisée par Alain
Heluwaert médecin du sport nature
du danger |
Nature
du danger
un barrage est un ouvrage qui fait obstacle sur la rivière. Son rôle
est de créer une dénivellation entre l'amont et l'aval. Cette
dénivellation est exploitée depuis l'antiquité pour faire
fonctionner un moulin, approvisionner des canaux d' irrigation, créer
un bief navigable en amont. Au cours du XXe siècle des ouvrages plus
imposants ont été construits pour produire de l'électricité,
créer des plans d'eau destinés à la régulation des
eaux ou aux activités de loisir.Sur nos
rivières
coexistent donc des barrages de taille et de conception très variées
dont certains sont ruinés ou désaffectés.
Un
ralentissement du courant annonce le bief amont d'un barrage.
Les barrages
de conception ancienne peuvent se limiter à une chaussée ou un
seuil. Ils barrent souvent la rivière en diagonale ou en V pour mieux
amortir les variations de débit. Ils fonctionnent par surversement et
engendrent des rappels à leur pied. Quelques barrages fonctionnent encore
avec un dispositif de régulation à aiguilles, pièces de
bois amovibles, qui peut attirer et drosser une embarcation venant de l'amont.
La régulation du niveau en amont peut également se faire par des
vannes : celles qui lâchent l'eau par le bas peuvent créer
un siphon en amont alors que celles qui s'abaissent et lâchent l'eau par
le haut génèrent souvent un rappel. La régulation du niveau
d'eau et l'approvisionnement de turbines peuvent se faire par des canalisations
qui aspirent contre des grilles.
L'automatisation des vannes et turbines est habituelle sur les barrages en exploitation.
Elle crée un danger supplémentaire en modifiant soudainement et
sans contrôle humain les mouvements d'eau en amont et en aval.
Les bras d'alimentation d'usine ou de moulin peuvent se révéler
être des pièges mortels: ne jamais s’engager dans
le bras de dérivation menant vers un barrage ou un moulin.
On retiendra que s'approcher trop près d'un barrage par l'amont expose
à un dessalage et une aspiration dans un siphon ou contre une grille,
voire à une aspiration dans une vanne lors de son ouverture automatique.
Le courant d'amont peut être assez fort pour attirer dans une vanne ouverte
ou dans un déversoir.
Franchir un barrage expose à une capture dans un rappel,
au coincement dans un radier, à l'embrochage sur une ferraille.
Les contre-courants en aval peuvent entraîner une embarcation
vers le pied du barrage avec capture dans un rappel : après
rembarquement ne pas s'approcher du pied de barrage, mais s'éloigner
rapidement.
La crue du cours d'eau, reconnaisable par des berges submergées,
des eaux terrreuses, un fort courant, des épaves flottantes (branchages),
aggrave ou démasque le risque mortel d'un barrage.
Le
rappel
Ce phénomène est dû à la dénivellation, à
l'affouillement au pied de la chute d'eau, au différentiel de vitesse
des courants amont/aval ou à la forme d'une
vanne : il se produit un ressaut hydraulique avec contre-courant de surface
qui rappelle indéfiniment les objets flottants sous la chute d'eau. L'eau
est émulsionnée et perd son pouvoir porteur : I l est impossible
de se
maintenir
à la surface ou de nager vers l'aval. La victime suffoque, est roulée,
désorientée, contusionnée par les chocs contre le radier.
Elle peut se protéger en s'aggrippant à son embarquation (équipée
de réserves de flottabilité), fond tourné vers le chute.
L'eau est évacuée par le fond, mais la présence d'un radier
fait de blocs de pierre ou de béton interdit habituellement cette issue.
Pour un pagayeur, le rappel est la principale cause
de noyade en rivière.
Un rappel est reconnaissable à ses eaux émulsionnées (écume,
mousse) et aux divers objets flottants qui y sont retenus. Il peut être
bordé par des contre-courants qui attirent vers la chute d'eau. Même
si le dénivelé est faible, le danger peut être mortel et
justifie la prudence.
Franchir un barrage n'est en aucun cas un exploit : cet obstacle artificiel
n'est pas considéré comme une difficulté de la rivière.
Lors d'une tentative de sauvetage, un secouriste pénétrant dans
un rappel doit être soigneusement encordé et assuré par
un équipier placé plus en aval.
Reconnaître
la présence d'un barrage
Les barrages figurent sur les cartes IGN au 1/25000 sous forme d'un trait noir
barrant le tracé du cours d'eau. Les ouvrages ruinés ou temporaires
(pont de chantier) peuvent être omis. Les topo-guides
pour le canoë-kayak publiés en librairie ou disponibles
sur internet renseignent avec précision sur la présence de
barrages, d'une passe à canoë ou sur leur contournement par portage.
Sur les itinéraires fréquentés par les pagayeurs, une signalisation
spécifique au canoë et au kayak peut être mise en place.
Sur les rivières navigables, la signalisation destinée à
la navigation doit être connue ; elle est parfois dégradée
et masquée par la végétation lorsque le bief n'est plus
fréquenté. Lorsqu'une
règlementation existe, des panneaux, une chaîne ou une ligne de
bouées délimitent une zone d'interdiction qu'il convient de respecter.
Glissères
et passes à canoë
Les commissions du Patrimoine nautique tant nationale que régionales
travaillent à leur généralisation sur les parcours fréquentés
par les pagayeurs. Ces dispositifs doivent être adaptés et correctement
balisés en tenant compte des recommandations de la FFCK publiées
dans Glissières
et passes à canoë.
Ce n'est pas toujours le cas...
Avant de s’engager dans une passe à canoë, un débarquement
en amont s'impose pour vérifier les conditions de franchissement : hauteur
d'eau dans les limites de l'échelle de niveau, absence d’obstacle
obstruant la passe, sortie libre, absence de mouvements d’eau dangereux
en zone de réception. Au moindre doute, il faut faire un portage ou passer
le bateau seul à la cordelle. Topoguides, loueurs ou clubs locaux fournissent
une information précise sur les conditions d'utilisation des passes à
canoë. Par hautes eaux, voire lors d'une crue, même les dispositifs
les mieux conçus peuvent être dangereux.
Lâcher
d'eau : une modification brutale de la rivière en aval
Un lâcher d’eau peut entraîner une montée
des eaux rapide
et soudaine : une vague de crue se propage alors sur plusieurs kilomètres
et peut surprendre des embarcations en cours de descente. Une augmentation importante
de débit modifie les difficultés de la rivière. Des passages
peuvent devenir infranchissables. Dans les zones où un danger de montée
brutale des eaux est signalé
par panneaux (exemple du Vénéon), il ne faut pas garer de
véhicule, bivouaquer ou planter la tente. En cours de descente, il faut
observer les signes évocateurs d'un changement de débit de la
rivière : eau trouble, bois de flottage, disparition des bancs de
sable et des plages de galets, rapides plus creusés ou nivelés.
La consultation, préalable à la descente, de topoguides, d'échelles
de niveau, de répondeurs de débit est particulièrement
utile.
Prévention
du risque
A
l'approche d'un barrage, que l'on soit néophyte ou expert en canoë
ou en kayak, il faut être attentif au débit du cours d'eau et à
l'ouverture de vannes :
- les informations sont préalablement partagées entre tous les
participants ;
- tous les équipages débarquent suffisamment en amont (au moins
20 mètres) et personne ne s'approche de l'ouvrage en bateau ;
- lorsque le barrage est réputé franchissable et sans interdiction
règlementaire d'approche, une reconnaisance préalable par la rive
est systématique ;
- au rembarquement les équipages s'éloignent et s'attendent plus
en aval ;
- en cas d'accident, le sauveteur est encordé et assuré par un
équipier placé en aval ;
- en cas de navigation sur un itinéraire exposé à
des lâchers d'eau, se renseigner et surveiller les signes révélant
une augmentation de débit.
La Loi no 2006-1772 du 30 décembre 2006 sur l’eau et les milieux aquatiques complète l'article L. 211-3 du code de l’environnement. Celui-ci impose une signalisation des ouvrages pour la sécurité des engins nautiques non motorisés ainsi que la mise en place, pour une liste d'ouvrages hydrauliques, d'un aménagement adapté permettant leur franchissement ou leur contournement. La publication des décrets d'application de la loi devrait confirmer cette grande avancée dans la prévention du risque mortel que représentent les barrages pour les pratiquants des activités nautiques.
La Directive cadre européenne sur l'eau, en instaurant une obligation de résultats sur la qualité de l'eau pour 2012, favorise les projets de destruction d'ouvrages désaffectés ou interdisant le passage aux poissons migrateurs. Des actions concertées des usagers de la rivière devraient permettre de faire sauter quelques "points noirs" nautiques.
Liens :
la page sécu
de rivieres.info par Jean Grossmann